Un débat sous la plume de Goethe, entre diable et dieu, entre bien absolu et mal absolu, si tant est qu’ils existent : le savoir, dit Méphistophélès, me permet de capter l’homme de savoir de façon inéluctable.
A debate, as enacted by Goethe, between the devil and God, between absolute good and absolute evil, if such things even exist: knowledge, says Mephistopheles, allows me to inevitably capture the man of knowledge.

Au début du second Faust il y a ce débat, entre dieu et diable, sur le fait que plus l’homme sait, plus il est bon pour l’enfer. Méphisto dit : regarde Faust, celui qui sait tout, en un jour il est à moi si tu me laisses le tenter. Et dieu lui dit et bien essaie, vas-y !
At the beginning of the second *Faust*, there is this debate between God and the Devil over the idea that the more a man knows, the riper he is for hell. Mephisto says: “Look at Faust—the man who knows everything; he’ll be mine within a day if you let me tempt him.” And God tells him: “Well, give it a try—go ahead!”
For the past two weeks, I’ve stepped out of my sedentary comfort zone—leaving behind my corner of eastern France, which is also sole how a historical part of western Germany—and have arrived at the far western edge of France, which is essentially the eastern edge of the Atlantic Ocean. Not the place that’s been burning apocalyptically ever since I left, but Normandy.

So, at the beginning of *Faust*, God says to Satan: “Give it a try and see.”
Depuis deux semaines j’ai quitté ma zone de sédentaire, mon est de la France à moi qui est aussi un peu l’ouest de la Germanie, et je viens d’arriver tout au bout de l’ouest de la France qui est un peu l’Est de l’Ocean Atlantique. Pas là où tout brûle apocalyptiquement depuis que je suis parti, mais en Normandie.
Donc au début du Faust, Dieu dit à Satan : essaie pour voir.
Goethe ne suivra pas l’hypothèse d’un triomphe diabolique du savoir, mais à la fin du second Faust c’est parce que Méphistophélès le trompe, que l’homme de savoir, abusé, croit avoir réussi à édifier une cité libre pour des humains libres. Alors il s’en glorifie, ce qui, pense Méphistophélès, le lui donne, et Mephisto l’emmène en Enfer… on pense évidemment, si on est comme moi de la vieille Alsace, à la certitude qu’ont eue Wilhelm de Prusse et Bismarck quand ils ont réussi à étendre entre eux et le pays des monarques invasifs, (en pièce jointe la lettre d’un soldat français en 1806 depuis le château où avec ses pairs ils terrorisaient un gamin, le futur Kayser qui reprendrait l’Alsace et la lorraine) l’urbanisme aujourd’hui classé au patrimoine machin de l’humanité de l’Unesco et ces rues pleines de rêves, d’atlantes et de nymphes qui entourent la vieille ville où Goethe était venu étudier, Strasbourg …
So God tells Faust to try and see. Goethe does not pursue the hypothesis of a diabolical triumph of knowledge, but at the end of Faust Part Two, it is because Mephistopheles deceives him that the man of knowledge, misled, believes he has succeeded in building a free city for free humans. So he boasts of it, which, Mephistopheles thinks, gives him power, and Mephiston takes him to Hell… one inevitably thinks, , si on est comme moi de la vieille Alsace, of the certainty Wilhelm of Prussia and Bismarck must have felt when they succeeded in extending between themselves and the land of the invading monarchs (attached is a letter from a French soldier in 1806, written from the castle where he and his peers terrorized a young boy, the future Kaiser who would reclaim Alsace and Lorraine), the urban planning now listed as a UNESCO World Heritage Site, and those streets full of dreams, atlantes, and nymphs that surround the old town where Goethe came to study, Strasbourg…

Évidemment l’homme de science s’est emparé des secrets de la fission atomique, le patrimoine mondial de l’humanité s’est enrichi d’un clin d’œil du diable. Et Goethe aurait été étonné de voir encore tellement de religieux au pouvoir en 2026, un peu partout, qui seront ravis de péter une bouteille de nucléaire, pour peu qu’une guerre vint à moquer leur certitude qu’ils doivent défendre, de leurs rites, la toute-puissance du dieu que leurs aïeux ont choisi d’adorer.
Obviously, the scientist seized the secrets of atomic fission, and the world heritage of humanity was enriched by a wink from the devil. And Goethe would have been astonished to see so many religious figures still in power in 2026, practically everywhere, eager to set off a nuclear bomb should a war break out to challenge their certainty that they must defend, through their rituals, the omnipotence of the god their ancestors chose to worship.

Et même, quand je vois l’impuissance des hommes devant l’incendie qui menace Bordeaux comme il menaçait jadis Los Angeles, il n’est pas difficile d’imaginer que les mesures de sécurité prises autour d’une centrale nucléaire ou d’un centre de retraitement des déchets nucléaires comme celui de La Hague, sont bien mince devant la puissance de la Nature, surtout quand elle est irritée par les effets sur elle des dégâts corollaires au Progrès avec sa majuscule caniculaire…
Indeed, when I witness human helplessness in the face of the wildfire threatening Bordeaux—much as it once threatened Los Angeles—it is not hard to imagine that the safety measures surrounding a nuclear power plant or a nuclear waste reprocessing center like La Hague are woefully inadequate against the power of Nature, especially when she is provoked by the collateral damage wrought by “Progress”—that heatwave-inducing, capital-P Progress…
A aucun moment Faust n’a pu fabriquer une cité libre pour des hommes libres, c’est une maquette diabolique que Méphistophélès lui fait entrevoir et qui répond aux idéaux que le pauvre savant s’est forgé en passant, sous les ailes du diable, au dessus de l’Athènes du temps où y triomphait l’amour du savoir.
At no point did Faust create a free city for free men; it is a diabolical model that Mephistopheles shows him, one that corresponds to the ideals the poor scholar forged for himself while passing, under the devil’s wings, over Athens in the days when the love of knowledge triumphed.

Il le croit comme peut être voulait y croire Wilhelm, l’empereur allemand, lorsqu’il a pu en 1870 éloigner de lui ces français dont sa mère avait eu si atrocement peur lorsqu’ils avaient débarqué dans son château, à Sans-Souci, en 1806… Comme Hitler croyait pouvoir ré éditer le coup du Kayser Willhelm, fantasmant jusqu’à la dernière minute, que ses savants lui permettent de faire la bombe.
He believes it, just as perhaps Wilhelm, thé german Kayser wanted to believe it when, in 1870, he was able to drive away those Frenchmen his mother had so terrified of when they landed at his castle, Sanssouci, in 1806… Just as Hitler believed he could repeat Kaiser Wilhelm’s feat, fantasizing until the very last minute that his scientists would allow him to build the bomb.

Dans le paysage quasi irlandais qui s’étend au dessous de Saint Germain lès vaux, c’est comme si on voyait la radioactivité pleine de dents, prête à tout dévorer après avoir étendu l’horreur des architectures industrielles de son installation colossale et pignouffe. Sous la chapelle dédiée à Saint Germain-à-la-rouelle, le Scott , prince irlandais venu sur une roue convertir les druides, je constate comme tout le monde la présence terrible de la chaudière du diable. L’usine de retraitement des déchets nucléaires de la Hague est la voisine de la plus belle lande de France que j’observe pour la première fois le jour où mille kilomètres plus bas les Landes brûlent comme jamais près de Bordeaux… Voir la plus grosse installation nucléaire du monde le jour où on comprend que ce monde, à huit milliards d’humanité, on l’a tant réchauffé qu’il nous en cuit…
In the almost Irish landscape that stretches below Saint-Germain-lès-Vaux, it’s as if one sees radioactivity, full of teeth, ready to devour everything after having spread the horror of the industrial architecture of its colossal and monstrous installation. Beneath the chapel dedicated to Saint Germain-à-la-Rouelle, the Scot, the Irish prince who came on a wheel to convert the druids, I observe, like everyone else, the terrible presence of the devil’s cauldron. The La Hague nuclear waste reprocessing plant is next to the most beautiful heathland in France, which I saw for the first time on the day a thousand kilometers away, the Landes region was burning like never before near Bordeaux… Seeing the world’s largest nuclear facility on the day we realize that this world, with its eight billion inhabitants, has been heated so much that it’s now cooking us…

En arrivant au nez de Jobourg, sous l’église de Saint Germain à la rouelle l’irlandais venu évangéliser les mercenaires romains et tuer le dragon à sept têtes, je tremble à l’idée de tout ce qui pourrait dysfonctionner dans la grosse usine entourée de barbelés mais que n’importe quel drone viendrait ouvrir comme une boîte de conserve empoisonnée, où sont entreposés dans de vieilles installations des années soixante dix des combustibles usés, des colis vitrifiés qu’on menace d’enterrer, de l’autre côté du pays, dans d’autres paysages censés rester tranquilles des millénaires, sans guerres par exemple quelle farce le stockage géologique profond.
Arriving at the edge of Jobourg, beneath the church of Saint Germain à la Rouelle, the Irishman who came to evangelize the Roman mercenaries and slay the seven-headed dragon, I tremble at the thought of everything that could go wrong in the massive factory surrounded by barbed wire, which any drone could open like a poisoned can of food. Inside, in old facilities dating back to the 1970s, are stored spent fuel and vitrified nuclear packages that are threatened with being buried on the other side of the country, in other landscapes supposedly destined to remain peaceful for millennia, without wars, for example. What a farce, this deep geological repository.

L’usine doit d’ailleurs s’étendre et en 2050 elle aura détruit encore un peu plus de ce dernier bout sublime, on voit le visage profondément philosophique des réjouis de la crèche nucleaire sur cette image,avec comme un rappel faustienne le petit uniforme vieillot derrière les savants qui sont supposés savoir : il était une fois le progrès : Nicolas Maes, directeur général d’Orano et Claude Imauven, président du conseil d’administration d’Orano, devant la maquette du site de La Hague (Manche) avec les futures installations du programme Aval du futur. »
The plant is also slated for expansion, and by 2050 it will have destroyed even more of this last, sublime stretch. We see the profoundly philosophical faces of those delighted by the nuclear nursery in this image, with, as a Faustian reminder, the old-fashioned little uniform behind the scientists who are supposed to know: once upon a time, there was progress:
“Nicolas Maes, CEO of Orano, and Claude Imauven, Chairman of the Board of Directors of Orano, in front of the model of the La Hague site (Manche) with the future facilities of the Downstream of the Future program.” “Farewell, Landscapes”
Adieu paysages… “Farewell, Landscapes”

En traversant le musée à côté de la prison de Cherbourg, une des nombreuses villes dévastées lors du débarquement de Juin 1944, (dont la célébration est une des rares activités lucratives du Cotentin avec hélas l’installation de l’usine de retraitement des déchets nucléaires de la Hague et avec, hélas, hélas, les vastes champs de maïs qui ont anéanti le bocage), j’ai vu un paysage des forêts par Gustave Doré. Des forêts de l’autre côté du pays, les forêts, là, dans le musée Thomas Henry de Cherbourg ! On y distingue même une ruine, évocatrice du Falkenstein ou du Fleckenstein.
While walking through the museum next to the Cherbourg prison, one of the many towns devastated during the D-Day landings of June 1944 (the commemoration of which is one of the few lucrative activities in the Cotentin peninsula, along with, alas, the construction of the La Hague nuclear reprocessing plant and, alas, the vast cornfields that have obliterated the hedgerows), I saw a landscape of forests by the immense Gustave Doré. Forests on the other side of the country, forests, right there, in the Thomas Henry Museum in Cherbourg! You can even make out a ruin, reminiscent of Falkenstein or Fleckenstein. I naturally thought to myself that, from this…
Je me suis évidemment dit que, de cette autre extrémité du pays, là aussi vers ces paysages qui font de la nature une apparition, les enfouissements de la Bure en Meuse, pas si éloignée des Vosges, on travaille aussi assidûment à l’apocalypse. Mais évidemment je délire. Comme Gustave Doré qui met des trolls dans mes forêts. Polytechniciens les trolls ?

Naturally, it occurred to me that at this other end of the country—amidst landscapes where nature reveals itself as a true apparition—work on the apocalypse is proceeding just as diligently as it is at the burial site in Bure (in the Meuse, not so far from the Vosges). But of course, I am raving. Like Gustave Doré, populating my forests with trolls.
Trolls who are graduates of the École Polytechnique, perhaps?
Au musée de Cherbourg (qui voisine, donc, la prison ce qui ne chante pas la liberté par l’Art) y a une statue qui a essayé en son temps de chanter la gloire des vaincus, en 1870, justement au moment où Wilhehlm se réjouissait de les avoir repoussés un peu à distance l’envahisseur qui l’avait tant terrorisé même à Sans-Souci. Je regarde ce monument qu’on devrait multiplier, on ne devrait jamais honorer que les victimes et enfermer les brutes loin des paysages du sublime qui disent mieux que n’importe quelle théologie que la nature est miraculeuse.

At the Cherbourg museum—which sits right next to the prison, a juxtaposition that hardly sings of freedom through art—there stands a statue that once sought to sing the glory of the vanquished. It dates from 1870, the very moment Wilhelm was rejoicing at having held off the invader who had terrified him so deeply—even at Sans-Souci. I gaze at this monument—a type of memorial we ought to see everywhere; we should honor only the victims and lock away the brutes, far from those sublime landscapes that proclaim, more eloquently than any theology, the miraculous nature of the natural world.
Obviously, for sure—I mean, I’m rambling…
Je ne devrais jamais quitter mon petit nid de Strasbourg : voler vers l’Ouest et la symphonie ininterrompue des vagues me rend nostalgique, même si, comme hier, je découvre à quel point un des thèmes, Faust, qui hanta la cervelle des architectes prussiens occuppés à entourer ma,petite cité par leur grande capitale, profilée pour diriger le Rheinland, a beaucoup occuppé aussi les amis de l’ouest. Au musée de Cherbourg dans l’exposition sur les représentations du diable au 19 ieme siècle qui s’y tient en ce moment, c’est le Méphistophélès de Goethe qui tient la plus belle part.

I really ought never to leave my little nest in Strasbourg: flying westward—accompanied by the ceaseless symphony of the waves—fills me with nostalgia. Yet, as I discovered yesterday, one particular theme—Faust—has captivated not only the Prussian architects who once sought to encircle my small city with their vast capital (designed to command the Rhineland) but also our friends in the West. At the Cherbourg museum, the current exhibition on 19th-century depictions of the Devil gives pride of place to Goethe’s Mephistopheles.
Le cinéma philosophique contemporain a heureusement pour moi, produit sous le génie de Dumont, « ouin ouin et les inhumains » dans quoi l’apocalypse est figurée par d’immenses bouses chues des cieux et contre quoi la gendarmerie nationale (comme les Canadairs au dessus des Landes en ce moment où a Los Angeles il y a quelques années) est d’une impuissance d’acteur pantalonesque dans la vieille commedia del’Arte, voire comme de toute éternité le singe humain devant le Déluge.

In a week’s time, upon my return, I shall miss that symphony of the waves even more acutely.

La symphonie des vagues, dans une semaine au retour, me manquera encore plus cruellement.
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